Regarde-moi dans les yeux
(ou le cauchemar de Méduse)
Ré-écriture collective du mythe de Méduse - mise en scène par Daniela Garcia, Eloïse De Nayer et Axel Chiabrando.

Genèse du projet
Dans la continuité du travail vocal Roy Hart, nous souhaitions faire de notre premier spectacle un laboratoire autour du cri et du silence. Nous avons rapidement choisi le mythe de Méduse comme point de départ : son cri, disait-on, avait inspiré à Athéna le premier instrument de musique.
Recherche
Mais comment d’un cri faire musique ? Avec le soutien de la compagnie Panthéâtre, nous nous sommes lancés dans une année de résidence au Centre Artistique International Roy Hart. Entre travaux d’écriture, recherches chorégraphiques et explorations vocales nous cherchions à faire émerger une première forme scénique. Mais la Méduse nous échappait.
Des ruines
Invités par Joëlle Montech, directrice du Théâtre Dionysos et Apollon, nous avons découvert Athènes au cours d’une résidence de dix jours. Nous étions alors frappés par le contraste entre la muséification des ruines antiques et les marques profondes de la crise sur les bâtiments contemporains, souvent laissés inachevés. Voilà. Nous avions enfin trouvé les mots justes pour décrire ce que nous évoquait le mythe de Méduse : une histoire inachevée et une vie de ruines.
Le spectacle commence par une absence, celle du héros.
Persée devait raconter le mythe de Méduse, mais voilà, Persée n’est jamais venu
Qu’aurait bien pu voir le héros Persée dans le regard de Méduse, s’il avait osé plonger, même un instant, ses yeux dans les siens ?
“La sensation de réalité des cauchemars dépasse de loin celle des rêves ordinaires”
Ernest Jones, Le Cauchemar, 1973

Note d'intention
A travers cette réécriture contemporaine, la Compagnie des Chimistes se confronte au mythe de Méduse pour donner voix à celle qui ne peut pas parler puisque l’histoire n’a retenu d’elle que sa mort. Une tête aux cheveux de serpents. Sans corps. Sans autre parole que le cri.
L’histoire de Méduse est celle d’un cauchemar. Elle était la meilleure prêtresse d’Athéna. Elle est violée par Poséidon, punie par Athéna, transformée en monstre au regard qui pétrifie puis décapitée par le héros Persée, qui restera pour toujours le personnage principal. Face à la violence de ce récit et de ses variations, trois comédien.nes se débattent avec le mythe, convoquent les fantasmes qui entourent la figure de Méduse pour en traverser les ruines. Revenir au corps. Tordre. Dissocier. Superposer. Regarder. Démystifier.
Conçue en deux parties, cette pièce bascule de la farce tragique à la ruine poétique, du rire aux larmes, du profane au sacré, de l’idéal grec à la réalité crue. Tout cela dans une tentative de démêler les mécanismes de la violence, du déni et de la reconstruction. De donner une place au regard de cette femme, qui, en l'absence d'un héros capable de la regarder dans les yeux, de confronter son histoire, décide, peut-être, de briser le cercle et de se regarder... elle-même.

FARCE TRAGIQUE
POUR TROIS COMEDIEN.NES
Au plateau, trois comédien.nes se débattent avec le mythe, convoquent les fantasmes qui entourent la figure de Méduse pour tenter de s’en défaire. Les acteur.ices ont beau jouer, ironiser, temporiser, chercher à comprendre, à analyser, à dénoncer, iels se retrouveront chaque fois plus impuissants face au dénouement inévitable : le viol aura lieu, entraînant avec lui l'épuisement de la voix parlée.
"Pour paraphraser Goya : le sommeil de la raison engendre des monstres. Ici, littéralement : corniche de virages du rire aux larmes, au silence tragique après le viol. "
Critique du spectacle par Enrique Pardo, Newsletter septembre 2023